22/04/2004

chapitre 67

Le deuxième point du rapport concernait les séances d'analyse. Ici, le psychiatre émettait beaucoup de réserves quant à l'évolution de son travail. Il avouait n'avoir essuyé que des revers, que la parole de son patient n'était pas nette, qu'elle restait dans l'étendue sans nom de l'anticipation. Il reconnaissait volontiers que Debroux jouait le jeu de la parole mais qu'il exprimait de nombreuses critiques sur la teneur de celle-ci. Le médecin expliquait que Debroux s'enlisait presque chaque fois dans une version trop générique de sa vie. Toute tentative pour ramener ses propos dans des considérations précises et événementielles s'avérait inutile. Debroux mettait un point d'honneur à ne jamais sortir d'un schéma général et stérile où les faits marquants, pénibles ou heureux n'apparaissaient jamais. Le jeune homme faisait l'effet de s'être affranchi du quotidien.

Le psychiatre expliquait que dans ces conditions, la charge affective de son patient ne pouvait concourir au travail d'analyse. Quant à l'accident de ses parents, Debroux semblait moins disposé que jamais à en reconnaître la portée, son évidente incidence. Le psychiatre tablait sur la longueur des procédures pour que la mémoire de Debroux se libère des principes inutiles qui l'ankylosaient. Il pariait que la parole de son patient finirait par se délier. Par un travail d'acharnement, Debroux prendrait enfin le risque de se souvenir. Ce souvenir.

Où sont les yeux ?

A la suite de cette réunion, il avait donc été décidé de poursuivre le travail dans un même esprit de patience et de soin.



19:59 Écrit par cbj | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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