30/03/2004

chapitre 37

Au troisième mois d'hospitalisation, alors que Debroux n'avait jamais formulé de vœu en ce sens, on autorisa quelques visites.

Ces visites se soldaient d'ailleurs par la perspective d'une issue heureuse, d'un travail dans un proche avenir. Debroux n'y prêtait qu'une oreille distraite. Il parlait peu, mais le changement notoire qu'on pouvait reconnaître est qu'il n'exprimait plus le désir de retourner en l'état, dans le jardin potager de sa grand-mère. Il ne se plaignait plus non plus de la longueur des jours, pas plus du traitement qui lui était réservé. Sa famille trouvait très rassurant qu'il se soit, semble-t-il, accommodé des soins de la clinique. S'en était-il accommodé vraiment ? Toujours est-il qu'il se prêtait de plus en plus volontiers aux séances d'analyse.

Le cours de ses séances petit à petit changeait. Les questions se raréfiaient, tandis que la parole de Debroux se délayait et prenait de l'importance. Le processus qui avait consisté à lever les écluses de la mémoire était bien amorcé.

Un seul des trois médecins s'était chargé tout particulièrement du cas. Les deux autres n'assistèrent bientôt plus à aucune séance. Debroux parlait de ce qui lui semblait être juste. Ses propos n'approchaient jamais le souvenir de l'accident de ses parents, mais, parce qu'ils étaient puisés dans sa mémoire, sans doute finiraient-ils un jour par frôler l'étendue du drame.

Debroux parlait de la venue du soir, de la coloration artificielle du ciel certains jours, de la lenteur du temps dans ses passages, de l'ennui et de l'usure, de la prouesse à accorder sa vie au temps défilant, à ne jamais démordre du principe de la rétention des heures, comme de la rétention de l'eau dans une matrice pourrissante.


18:27 Écrit par cbj | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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