30/03/2004

chapitre 35

Tous les jours, au cours des mois, les médecins, séparément ou de concert, lors de séances qui duraient quarante-cinq minutes, ont forcé la mémoire de Léo Paul Debroux.

C'est qu'il fallait obliger l'homme jeune à parler. De lui, rien ne venait spontanément. Même lorsqu'il s'agissait de se plaindre, Debroux ne tentait rien de lui-même. Il fallait, ici encore, qu'un médecin, un infirmier provoquent la plus élémentaire manifestation de désir, de colère ou d'ennui. De lui, rien ne venait jamais à la surface du jour, à l'heure du temps, au marteau des épreuves, à l'écoute du cœur.

Comme à Beaumont, rien dans cette clinique ne semblait le gêner. Se sentir gêné aurait supposé que des obstacles viennent s'établir en concurrence avec sa vie. La vie de Debroux n'avait jamais été en concurrence avec rien ni personne. Elle était d'avance vaincue, d'avance perdante. Blanche.


18:25 Écrit par cbj | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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