13/03/2004

chapitre 20

Il faut beaucoup y penser pour se faire à l'idée que Léo Paul Debroux existe. Il faut se raisonner, se forcer, chercher dans sa mémoire car sinon le souvenir ne vient pas. Moi, Lou Berkeley, c'est comme si j'avais vécu dans deux enfances différentes : la première, celle dont je suis sûre, est à la surface du temps. Une centaine de souvenirs l'atteste, des dates importantes, celles où je suis vivante.

La deuxième, je reconnais une autre voie, est plus enfouie. Seul le changement des saisons la rend quelque peu distincte.

Il fait plus chaud, la suspension de l'air est plus pesante et, dans ces lacs tièdes, le visage de Léo Paul Debroux m'apparaît. C'est une vie très différente, logée profondément, très obscurcie, irréfléchie. Les jours glissaient sur nos dix ans et nous n'avancions pas avec les dates. Nous étions sauvés du temps et nous étions sauvages, comme énormément ailleurs sur des terres imprenables. Mais j'en parle, j'en parle, tandis que je ne parviens pas à rendre compte de cette commune mesure avec la mort.


19:26 Écrit par cbj | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.