12/03/2004

chapitre 14

On lui pose des questions. Comme les docteurs par exemple. Il répond toujours : "ne me demandez pas pour mes parents." Il ne dit rien, on ne sait rien. Il reste allongé sur le gravier dans le jardin de sa grand-mère. Il regarde l'étendue du ciel clair. Je crois qu'il a foncièrement envie de mourir. Mais comment savoir.

Envie de mourir ?

Non, je ne pensais à rien.

Je crois aussi cette réponse. Toujours la sécheresse dans le bonheur. Il dort avec les yeux scrupuleux pour mieux voir la formation des rêves, la formation des nuages d'été, l'écoulement de l'éveil. Le temps est fini. Rien ne lui échappe. Ce qu'il voit, c'est que rien ne peut lui arriver du moment qu'il veille et il veille. Veille à ce que rien n'arrive. Il préserve le ciel. Veille à ce que rien ne meure. Il préserve le cœur. Il séjourne sur le dos, la peau du dos fripée par les graviers, dans le souci des choses. L'arrière-pays, le jardin potager bordé de roses. Une haie de rosiers lui sert d'abri. Elle le protège du chemin bas qui mène au village. Ainsi on ne le voit jamais, ni dans ce jardin, ni dans les rues, ni aux fenêtres, ni aux terrasses des cafés, ni dans les terres, ni sur les chemins qui mènent aux rochers. C'est ça, on ne le voit jamais. On ne sait pas qu'il existe. Il existe? Et quand sa grand-mère part faire les courses au marché, elle part avec ce secret couché dans les graviers, sur une pente du jardin de laitues et de roses.


21:09 Écrit par cbj | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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